• Absence

    AbsenceIl n’est pas là, je ferme les yeux, je pourrais décrire millimètre par millimètre son corps, sa peau, ses muscles. Les petites imperfections qu’il déteste, celles que j’affectionne. Que je le veuille ou non, yeux ouverts, yeux fermés, il s’invite à mes côtés. Que je dorme ou que je veille, je sens son odeur, j’entends sa voix, dure, douce, légère ou grave, toutes ses inflexions me visitent à leurs grés. Ce n’est pas un fantôme, c’est un souvenir. De ceux qui vous font frémir, de ceux que vous adorez et détestez, de ceux qui vous envahissent, vous colonise et ne vous libèrent pas. Une seconde d’inattention et le voilà qui s’insinue, ou vous submerge. Alors que vous croyez gérer l’onde de choque, il vous renverse et vous emporte avec lui, vous laissant inassouvie aux prises avec une réalité dont vous ne voulez plus. Je l’attends et le crains. Je crains sa présence qui me brûle, son absence qui me consume.

     

    Je sens sa tête entre mes mains, sa bouche sur ma bouche, de ma langue je dessine le contour de ses lèvres. Du bout de mon nez je caresse son oreille, je glisse sur sa nuque. J’effleure du bout des doigts la rondeur de son épaule, le creux de ses reins. D’un coup de langue je goûte au creux de sa clavicule le sel de sa peau. J’aime à me frotter doucement le front sur sa poitrine, l’enlacer doucement, alors que je meurs de le serrer à m’en briser les côtes. Je couche mon oreille, j’entends le battement de son cœur, lent et régulier, il m’apaise. Et son ventre ! Il me bouleverse tant ! C’est là que se noue toutes choses. Puissance et tendresse, violence et douceur, son ventre, ses reins, ses fesses dans mes mains, je le dévore. Je l’incorpore. Je me mêle à lui, de lui, je nous confonds. Quand la tempête se calme, je m’échoue contre lui, goûtant du bout de ma langue les goutes de nos sueurs mélangées.

     

    J’ouvre les yeux, les draps secs et déserts se moquent de moi. Aucun pli humide, aucun creux pour me parler de lui. Il n’y a que le désert de ma couche, l’inanité de mes désirs. Je lui tourne le dos. Je fixe le vide, son absence entre mes omoplates. Je ferme les yeux, il est absent. Je rouvre les yeux, il est absent. Je ferme les yeux, encore, m’enfuis et plonge. Je le rejoins en apesanteur.


  • Commentaires

    1
    Dimanche 6 Juillet 2014 à 23:41

    J'adore!

    2
    Lundi 7 Juillet 2014 à 00:21

    Merci !

    3
    stefcou
    Mercredi 9 Juillet 2014 à 04:23

    de la subtilité....à fleur de peau............que de beauté.......à vous lire.....que dire..c'est beau.

    si l'humanité ,si la vie, si si si ,,,la paix des mondes...de belle photos..en plus ...vos charmes sont dans  votre peau..........

     

    4
    Mercredi 9 Juillet 2014 à 13:35

    @ stefcou, merci :)

     

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