• Des contours nets

    Il est à la fenêtre, il boit son café en regardant au loin, tendu vers je ne sais quoi, ailleurs. Une main dans une poche de ses jeans, l’autre enroulée autour de la tasse, comme s’il avait froid. Les épaules légèrement rentrées, les jambes droites et parallèles. Pourquoi certains hommes ont des contours si nets ? Comme si leur présence dépassait la réalité. Je le détaille, morceau par morceau, de la tête aux pieds. Ses cheveux que je caresse, sa nuque que j’embrasse, ses épaules que je dénude, ses reins contre lesquels je me love, ses fesses auxquelles je m’agrippe, ses cuisses entre les miennes … je rêve. Je suis derrière lui, je le regarde en silence, ma présence est une absence, à peine un souffle. Je quitte un instant cette réalité éphémère, je sais qu’il partira, pour me plonger dans un rêve qui est mien, et que je pourrai rejouer à volonté. Pourquoi ? Pourquoi privilégier le rêve alors que sa réalité est si fragile ? Mais non, c’est tout le contraire ! J’ajoute le rêve à la réalité. Je la renforce, l’étaye, qu’elle devienne solide et belle, vivante en moi pour longtemps, quand il sera parti. Je me rempli de lui, de tous ses possibles, des nous follement espérés, des nous mieux que nous mêmes.

     

    Dans mon imagination, je m’approche doucement, et je pose mon front contre son dos. Je n’ai pas besoin de voir ce qui se passe dehors, j’ai juste besoin de son odeur. Elle me suffit. Alors il sort la main de sa poche et attrapes la mienne qu’il pose sur son ventre. Je sens le va et viens de sa respiration calme. Je me berce de ce ressac.  Mon autre main vient rejoindre sa sœur, et imperceptiblement, je le presse contre moi. Il se défait de ma douce étreinte, il quitte le paysage pour me faire face. On dit que les yeux sont les fenêtres de l’âme, alors je les ouvre en grand. Viens ! Il pose sa tasse sur l’étagère, en équilibre sur la tranche des livres. Il prends mon visage à deux mains… et plonge en moi. Je le sens me pénétrer jusqu’au plus profond de mon être. J’ouvre toutes les portes à son passage. « Fais ce que tu veux, tu es chez toi. » il me prend au mot. il visites chaque pièce, chaque recoin de mon passé, de mon présent. J’ai l’impression d’être sous le feu de 1000 projecteurs. Je suis nue, non, je suis retournée, mise à jour, exposée. A sa merci. Quand je réalise que d’un mot il peut m’anéantir, quand je prends peur, que je veux tout refermer, que je songe à l’expulser, lui claquer la porte au nez, il pose ses lèvres sur les miennes. Doucement il me grignote, je réponds à petits coups. Je sens son souffle, sa salive sur mes lèvres, il me lape, me dévore. Je me sens tanguer, avant de basculer, mais il ne me retient pas. Il n’est pas là, il est à la fenêtre, il bois ton café en regardant au loin, tendu vers je ne sais quoi, ailleurs.

    J’ouvre les yeux un peu perdue, le temps que la réalité me rattrape, je suis encore un peu ivre. En titubant je marche vers lui. Je pose mon front contre la fenêtre, et je retiens mes larmes. Je me sens si misérable à attendre, espérer, un signe de lui, en silence, sans jamais rien oser. Aller ! Embrasse le, puisque tu en crèves d’envie ! Je n’en ferai rien. Je ne supporterais pas qu’il me rejette, qu’il s’éloigne. Je préfère nourrir mes rêves de son aura, que de le perdre à jamais. Je préfère vivre d’illusions que de regrets.

    C’est alors qu’il pose sa main sur ma nuque. Elle est lourde, j’adore son poids, sa chaleur. Il la presse, remonte sa main dans mes cheveux, les ébouriffes, et puis il serre. Qu’il fasse ce qu’il veut, je suis à lui. 


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