• Le coup de fil est arrivé tard.

    Le coup de fil est arrivé tard. J’étais fatiguée et je me demandais mollement si j’allais me coucher ou si je continuais à trainer sur internet. Puis ce coup de fil, sa voix. Je l’ai reconnue à la première note de son timbre si particulier. « Allo ? » J’ai tant aimé cette voix ! Si ronde, si chaude, du velours vivant. Cette voix qui m’avait fait me retourner quand je l’ai entendue dans mon dos, la première fois, il y a si longtemps. J’étais dans un bar irlandais dans le quartier Rivoli à Paris, Le Flann O’brien. Tout le monde parlait anglais, moi pas, et ça m’arrangeait bien. Les conversations de bar m’ont toujours saoulée bien plus que la bière. J’observais, comme un éthologue observe un étrange animal, un rouquin qui me déblatérai depuis trop longtemps ce que je supposais être son chant d’amour. Puis soudain cette voix dans le brouhaha, couvrant le rouquin. Je me retournais, incrédule, une voix parfaite, profonde et douce. Je crois que j’ai ouvert la bouche en le découvrant, et qu’il m’a fallu un moment avant de la refermer. Il était là, grand, mince, avec de larges épaules rondes sous son tshirt sombre. Des cheveux noir de geai, lisses comme ceux des asiatiques, les yeux bridés et le teint caramel. Un étrange mélange. Le nez fin, une bouche pulpeuse que je pu admirer pendant qu’il prenait sa commande au bar, à 50 cm de moi. Il du se sentir observé car il se tourna vers moi l'œil amusé et le sourire en coin. Je rougis immédiatement de m‘être fait prendre en flagrant délit de matage. Je bredouillais des excuses et plongeant le nez dans ma bière. Il me répondit « Y a pas de mal ». Je relevais la tête, surprise d’entendre du français sans accent. Comme j’étais bien partie pour foirer mon coup, je continuais sur ma lancée.

    - « Vous avez une voix magnifique ! Je sais je m’y connais… parce que je suis… Enfin, non, c’est… Je suis … ridicule. Belle voix. Pardon. Bonne soirée. » et je lui tournais le dos, à la grande joie du rouquin qui repris son blabla de plus belle.

    -« Vous trouvez ? Merci, c’est gentil. »

    Il enchaîna, ne me laissant pas le loisir de m’enfoncer plus et ce début plutôt pathétique se transforma en soirée délicieuse. A certains moments, je cessais de l’écouter, ou plutôt je n’écoutais plus que sa voix, comme une suite pour violoncelle. Quand il s’en rendait compte, il posait sa main sur mon bras en souriant. Pendant les mois que nous avons partagés, il a du souvent me rappeler ainsi à l’ordre. Puis, un jour il est parti, ou je suis partie, je ne l’ai jamais revu. Nous avions été bien ensemble, je crois, et puis ça s’est fini. Je ne me rappelle même pas comment. Je ne pensais plus à lui qu’en de très exceptionnelles occasions. Et là, j’étais au téléphone avec la plus belle voix de ma vie. Gardez votre numéro de portable. Il peut arriver des miracles.

    J’étais abasourdie. Il était là, dans la même ville que moi. Comment il m’a retrouvé, comment il savait que j’étais là ? Grâce à un ami commun dont, pour une fois, je remercierai l’indiscrétion.

    « - Noah ! Mais… qu’est ce que tu fais là ?

    - Un séminaire. Je suis à l’hôtel Alliance. Tu me rejoins ?

    - A l’hôtel ? Euh … Je …

    - Allez ! Viens ! Ca me ferait tellement plaisir de te revoir, depuis le temps !

    - Oui, moi aussi. Ok, j’arrive. Je suis là dans, je ne sais pas ou est l’hôtel Alliance.

    - Juste à côté de la gare.

    - Ok, je trouverai… Ben alors dans ¼ d’heure… une demie heure.

    - Ne prends pas le temps de te changer, on s’en fou.

    - Ben si, là, franchement, si.

    - Ok. A tt’. »

     

    Ni une ni deux, je me refais une beauté. Je suis une vraie collégienne. Je me fais la morale. Nul ! C’est nul ! Il n’est qu’un Ex amant ! Il y a prescription ! On se calme ! Oh ! Mais rien n’y fait, je suis excitée comme une puce. Je saute sur mon vélo, je file le nez au vent.

    J’arrive dans le hall impersonnel de l’hôtel. Je me recoiffe à la va vite avant de le découvrir, assis près de l’entrée. Hé merde ! Il n’a presque pas changé. Les quelques rides qui fendent son visage le rendent plus beau encore, plus viril. Oh merde ! Ce qu’il est sexy ! Je me sens laide tout à coup, je suis en train d’amorcer un demi tour quand il lève la tête et me gratifie d’un sourire désarmant. Il a l’air vraiment content de me voir ! Pas de haut le cœur, pas de mine déçue. Il vient jusqu'à moi et me prends dans ses bras, m’enveloppe, me serre sans m’étouffer. Ce qu’il sent bon ! J’avais oublié combien de fois je m’étais blottie au creux de son épaule, me shootant de son odeur. Tout me revient. La sueur, le sel, la douceur de sa peau. Nos gémissements et nos fous rire. Ca me donne un coup au ventre. Le désir revient comme une madeleine. Pour un peu je lui lècherais le cou. Mais je sais encore me tenir et je retiens un sourire béa. Il me prend par les épaules me maintenant à bout de bras, me scrute, me détaille d’un air amusé. J’ai toujours détesté ça chez lui. Il vous scanne et rien ne lui échappe.

    « - Toujours aussi belle.

    - Pff ! Arrête tes conneries. Par contre toi, t’as pris cher.

    - Oui, il paraît.

    - Petit con !

    Nous nous sourions. Il prends mon visage dans ses mains, plonge son regard dans le mien. Je suis gênée, je me dégage. Il prend ma main et de sa voix qui monte dans les aigus quand il est ému me dit :

    «  - Je suis tellement content de te voir.

    - Moi aussi... vraiment… »

    Tout ce que nous avons dit ensuite n’a aucune importance. Les mots n’étaient là que pour nous permettre de faire ce que nous avons fait et dont nous avions déjà envie dès ce moment là.

     

    Je suis rentrée fourbue et molle, ivre de caresses, son odeur sur ma peau. J’ai croqué chaque parcelle de son corps, je suis repue et insatiable. 


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