• AbsenceIl n’est pas là, je ferme les yeux, je pourrais décrire millimètre par millimètre son corps, sa peau, ses muscles. Les petites imperfections qu’il déteste, celles que j’affectionne. Que je le veuille ou non, yeux ouverts, yeux fermés, il s’invite à mes côtés. Que je dorme ou que je veille, je sens son odeur, j’entends sa voix, dure, douce, légère ou grave, toutes ses inflexions me visitent à leurs grés. Ce n’est pas un fantôme, c’est un souvenir. De ceux qui vous font frémir, de ceux que vous adorez et détestez, de ceux qui vous envahissent, vous colonise et ne vous libèrent pas. Une seconde d’inattention et le voilà qui s’insinue, ou vous submerge. Alors que vous croyez gérer l’onde de choque, il vous renverse et vous emporte avec lui, vous laissant inassouvie aux prises avec une réalité dont vous ne voulez plus. Je l’attends et le crains. Je crains sa présence qui me brûle, son absence qui me consume.

     

    Je sens sa tête entre mes mains, sa bouche sur ma bouche, de ma langue je dessine le contour de ses lèvres. Du bout de mon nez je caresse son oreille, je glisse sur sa nuque. J’effleure du bout des doigts la rondeur de son épaule, le creux de ses reins. D’un coup de langue je goûte au creux de sa clavicule le sel de sa peau. J’aime à me frotter doucement le front sur sa poitrine, l’enlacer doucement, alors que je meurs de le serrer à m’en briser les côtes. Je couche mon oreille, j’entends le battement de son cœur, lent et régulier, il m’apaise. Et son ventre ! Il me bouleverse tant ! C’est là que se noue toutes choses. Puissance et tendresse, violence et douceur, son ventre, ses reins, ses fesses dans mes mains, je le dévore. Je l’incorpore. Je me mêle à lui, de lui, je nous confonds. Quand la tempête se calme, je m’échoue contre lui, goûtant du bout de ma langue les goutes de nos sueurs mélangées.

     

    J’ouvre les yeux, les draps secs et déserts se moquent de moi. Aucun pli humide, aucun creux pour me parler de lui. Il n’y a que le désert de ma couche, l’inanité de mes désirs. Je lui tourne le dos. Je fixe le vide, son absence entre mes omoplates. Je ferme les yeux, il est absent. Je rouvre les yeux, il est absent. Je ferme les yeux, encore, m’enfuis et plonge. Je le rejoins en apesanteur.


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  • (Première partie)

    Vacances pluvieuses… Quel temps de chien ! Elle sait bien qu’en Alsace début mai, ce n’est pas nécessairement le soleil qu’il faut attendre, mais quand même ! Il pleut, il fait froid et humide. Elle avait espéré quelques escapades bucoliques, elle va devoir renoncer. Enfin, elle est venue rejoindre son amant, on fait aussi bien l’amour au chaud dans un lit que dans les champs au soleil. Certains préfèrent le confort de la chambre à coucher, en toutes occasions, elle préfère l’amant.

    Elias a un rendez vous professionnel. Après tout, c’est elle qui est en vacances, pas lui. Il lui propose de l’accompagner, ils pourront ensuite se balader en ville. Pourquoi pas, elle ne connait pas Strasbourg.

    Ils sont en avance. Elias téléphone au client, au cas où… Comme celui-ci ne répond pas, ils vont boire un café. Debout au comptoir, elle écoute, amusée, les conversations alentours. Les bobos, les jacasses et les soulards sont à peu près les mêmes partout, il n’y a que l’accent qui change. Le client a rappelé, ils sont attendus. Elle suit Elias dans un dédale de rues étroites sous une pluie battante. Elle saute de pavés en pavés tachant d’éviter les flaques qui se sont formées ça et là. Ca lui rappelle sont enfance, quand elle faisait exactement le contraire. Ils passent une porte cochère, au fond de la cour étroite, c’est la porte blanche. Elle est légèrement mal à l’aise, il y a des travaux, c’est un peu triste et moche, pas très accueillant. Ont ils rendez-vous dans des bureaux ou un appartement. Ils ne savent pas encore.

    En haut des trois étages, c’est dans un petit appartement en sous pente que le client les reçoit. Elle se dit maintenant qu’elle aurait préféré que le rendez vous ait lieu dans un café, comme prévu au départ. Elle se sent soudain gênée de débarquer comme ça. Elle dit bonjour, timidement. Elias la débarrasse de son manteau, de son sac à main, lui demande de quitter ses chaussures. Elle est surprise par son attitude directive. Elle le trouve un peu cavalier.

    Il la prend par la taille, fait les présentations. Elle sourit. Elle veux bien jouer le rôle de « la compagne », se coule contre lui. « Jérémy, Camille, Camille, Jérémy. » C’est un jeune homme de 25 ans, taille moyenne, fin, peau caramel cheveux bruns. Alors qu’elle s’apprête à tendre la main, Elias lui soulève le pull jusqu’au dessus des seins, nus. Elles est abasourdie, choquée, pas pour elle, mais pour le jeune homme. Comment peut il se permettre de faire une chose pareille, devant un client ... Elle regarde Elias, bouche bée. Complètement sidérée par son culot. C’est extravagant et elle doit bien l’avouer, amusant.

    Mais elle a tort de s’en faire pour Jérémy, le voilà qui se précipite sur ses seins et les embrasses à pleine bouche. Elle comprend alors. Elle voulait deux hommes, rien que  pour elle, elle est exhaussée ! Reconnaissante, elle se tourne vers Elias tout sourire, l’embrasse à pleine bouche, mord ses lèvres. Il la lèche en retour. Ils se dévorent mutuellement, échangent leur salive, fluide, abondante. Elle voudrait s’en recouvrir, y baigner son corps tout entier.

    Elle sursaute, Jérémy lui lèche les pieds avec application. Sa langue glisse entre les orteils, ses lèvres les happent doucement, il les suce, les aspire... Elle frémit, divine caresse. L’excitation gronde au creux de son ventre, de légers picotements lui parcourent l’échine, de délicieux frissons remontent le long de sa nuque. Elias lui baisse son pantalon, elle le laisse faire, dans une totale confiance. Tout ce qu’il lui proposera, lui plaira, elle le sait.

    Deux mains tremblantes s’emparent des fesses de Camille, les caressent, les palpent, les écartent, Jérémy, toujours à genoux, y enfouit son visage. Elle embrasse encore plus fougueusement son amant qui dans un demi sourire satisfait contrôle d’une main entre ses cuisses l’effet de sa surprise. Il peut être content, elle, elle l’est, ça ne fait aucun doute.

    Elias achève de déshabiller Camille et encourage Jérémy à en faire autant. Elle s’agenouille devant le jeune homme ravi de la tournure des événements. Elle se  délecte de son enthousiasme. Il bouillonne, elle doit faire attention et le conduire avec adresse si elle ne veut pas le perdre trop tôt. Elle aime bien avoir ce pouvoir sur un homme. Une pression trop forte, un geste trop rapide, et voilà que c’est la fin. Mais elle sait jouer du désir et de la frustration, jusqu’à la libération, qu’elle accordera, ou pas. Elle s’amuse de son manque de contrôle. Alternant les rythmes et les caresses elle le mène au bord et l’abandonne aussitôt. Le jeune homme lui appartient. Elias nu comme un vers, les rejoint. Elle passe de l’un à l’autre, comme on compare deux vins, chacun ses particularités, chacun son style. Elle les déguste avec soin. C’est un fantasme courant, paraît il, qui ne la préoccupait guerre. Inconsciente ! Quel plaisir de sentir leur queue palpiter sous ses doigts, sa langue, ses lèvres. Elias, Jérémy, Jérémy, Elias, elle sais qu’elle recommencera.

    Elias, en maitre de cérémonie, rythme leurs jeux, il la conduit sur le lit, où il l’expose comme une œuvre d’art. Elle joue le jeu et prend la pose. D’un coup d’œil elle s’assure que le jeune homme n’a rien perdu de son ardeur. Devant un tel spectacle, il ne peut que s’agenouiller et plonger à nouveau. Elias observe la scène avec attention. Il veille à tout, il veille sur elle.

    Elle l’attire à elle, le prend dans sa bouche. Elle ne dirait pas qu’elle n’a jamais eu envie de le croquer, mais jusqu’ici, elle a su se retenir.

    Elias propose à Jérémy de s’allonger près d’eux. Étendu sur le lit, il a quelque chose de juvénile assez troublant. Une tête d’homme, un corps de gamin, une queue droite et bien faite qu’elle prend entre ses pieds. Son regard est sérieux, fixé sur ses orteils qui vont et viennent. Camille observe avec délice ses grimaces et ses rictus, s’amuse à les provoquer.

    Se souvenant d’un souhait d’Elias, elle décide de le lui offrir. Se plaçant à califourchon au dessus de Jérémy, elle lui prend le membre pour le frotter délicatement contre sa chatte humide. Dix fois il croit qu’il va la pénétrer, dix fois déçu, il espère encore. Elle regarde Elias, lui sourit, complice.

    Il l’attire à lui, la prend sans façon. Ils se connaissent bien, elle ne cesse de s’en réjouir. Le garçon écarquille les yeux, sage et impatient. Elias lui propose de venir prendre sa place. Mais est-ce l’émotion, il perd toute vigueur. Il s’acharne, elle lui porte secours, rien n’y fait, c’est la panne. Elias, voulant le rassurer ne fait que le vexer. Camille tente encore de le ranimer, sans obtenir de résultat probant. Elle reprend sa position au dessus de lui, le prend en main, le recoiffe, le dirige en elle. Elle bascule son bassin au rythme de ses envies, espère que sa chaleur lui redonne vitalité.

    Elias se colle à elle, la penche et, l’encule doucement. Elle s’abandonne, ses frissons sont une onde de choque qui envahit tout son corps, en vagues successives. Camille ferme les yeux tous les sens asservis.

    Jérémy  déclare forfait. Elias se retire. Camille compatit, Le jeune homme doit se sentir mortifié, mais elle est déçue, elle en avait tellement envie ! Elle ne peut pas en rester là, elle bouillonne, a besoin d’être prise. Elle s’offre à Elias, qui la prend sans ménagement. A côté, le galopin,  fasciné a soudain retrouvé toute son ardeur.

    « - Tu peux jouir sur Camille, elle aime ça assure Elias à Jérémy.

    - C’est vrai ? demande-t-il transporté. »

    Elle a envie de rire, on dirait un gosse à qui on a autorisé une poignée de bonbons.

    Le voilà, frénétique qui tremble de tout son corps, vibre et enfin, pris de soubresauts, se libère sur elle. Comme c’est joli ! Un spectacle dont elle ne se lasse pas. Le corps qui ondule, la peau qui frémît, les spasmes et les rictus, c’est enivrant, pour peu que ce soit sincère. Il n’y a rien de plus ennuyeux et pénible que les grimaces des comédiens de pornos que les libertins de pacotille, déguisés en putes bon marché, s’escriment maladroitement à reproduire. C’est à dégoûter du sexe. Non, faut pas exagérer !!!

    Jérémy est bienheureux, et même si Elias et Camille n’ont pas eu d’orgasme, ils ont pris du plaisir. Ils prennent congé, promettent de le revoir à l’occasion.

    Camille et Elias repartent, bras dessus, bras dessous sous la pluie qui n’a pas cessé. Ils ont faim, s’arrêtent manger des Bagel’s. Ils plaisantent, légers, détendus. Elle le regarde, touchée de cette attention qu’il a eu pour elle. Il a certainement passé du temps à lui concocter cette surprise et à chaque instant où ils étaient là haut, il a été attentif à tout. Elle a pu se laisser aller en toute quiétude, en toute sécurité, elle sait qu’il veille sur elle. Merci Elias. Elle se souviendra de cet après midi. Et puis si elle oublie des détails, elle aura les images, Elias a filmé.


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  • Le coup de fil est arrivé tard. J’étais fatiguée et je me demandais mollement si j’allais me coucher ou si je continuais à trainer sur internet. Puis ce coup de fil, sa voix. Je l’ai reconnue à la première note de son timbre si particulier. « Allo ? » J’ai tant aimé cette voix ! Si ronde, si chaude, du velours vivant. Cette voix qui m’avait fait me retourner quand je l’ai entendue dans mon dos, la première fois, il y a si longtemps. J’étais dans un bar irlandais dans le quartier Rivoli à Paris, Le Flann O’brien. Tout le monde parlait anglais, moi pas, et ça m’arrangeait bien. Les conversations de bar m’ont toujours saoulée bien plus que la bière. J’observais, comme un éthologue observe un étrange animal, un rouquin qui me déblatérai depuis trop longtemps ce que je supposais être son chant d’amour. Puis soudain cette voix dans le brouhaha, couvrant le rouquin. Je me retournais, incrédule, une voix parfaite, profonde et douce. Je crois que j’ai ouvert la bouche en le découvrant, et qu’il m’a fallu un moment avant de la refermer. Il était là, grand, mince, avec de larges épaules rondes sous son tshirt sombre. Des cheveux noir de geai, lisses comme ceux des asiatiques, les yeux bridés et le teint caramel. Un étrange mélange. Le nez fin, une bouche pulpeuse que je pu admirer pendant qu’il prenait sa commande au bar, à 50 cm de moi. Il du se sentir observé car il se tourna vers moi l'œil amusé et le sourire en coin. Je rougis immédiatement de m‘être fait prendre en flagrant délit de matage. Je bredouillais des excuses et plongeant le nez dans ma bière. Il me répondit « Y a pas de mal ». Je relevais la tête, surprise d’entendre du français sans accent. Comme j’étais bien partie pour foirer mon coup, je continuais sur ma lancée.

    - « Vous avez une voix magnifique ! Je sais je m’y connais… parce que je suis… Enfin, non, c’est… Je suis … ridicule. Belle voix. Pardon. Bonne soirée. » et je lui tournais le dos, à la grande joie du rouquin qui repris son blabla de plus belle.

    -« Vous trouvez ? Merci, c’est gentil. »

    Il enchaîna, ne me laissant pas le loisir de m’enfoncer plus et ce début plutôt pathétique se transforma en soirée délicieuse. A certains moments, je cessais de l’écouter, ou plutôt je n’écoutais plus que sa voix, comme une suite pour violoncelle. Quand il s’en rendait compte, il posait sa main sur mon bras en souriant. Pendant les mois que nous avons partagés, il a du souvent me rappeler ainsi à l’ordre. Puis, un jour il est parti, ou je suis partie, je ne l’ai jamais revu. Nous avions été bien ensemble, je crois, et puis ça s’est fini. Je ne me rappelle même pas comment. Je ne pensais plus à lui qu’en de très exceptionnelles occasions. Et là, j’étais au téléphone avec la plus belle voix de ma vie. Gardez votre numéro de portable. Il peut arriver des miracles.

    J’étais abasourdie. Il était là, dans la même ville que moi. Comment il m’a retrouvé, comment il savait que j’étais là ? Grâce à un ami commun dont, pour une fois, je remercierai l’indiscrétion.

    « - Noah ! Mais… qu’est ce que tu fais là ?

    - Un séminaire. Je suis à l’hôtel Alliance. Tu me rejoins ?

    - A l’hôtel ? Euh … Je …

    - Allez ! Viens ! Ca me ferait tellement plaisir de te revoir, depuis le temps !

    - Oui, moi aussi. Ok, j’arrive. Je suis là dans, je ne sais pas ou est l’hôtel Alliance.

    - Juste à côté de la gare.

    - Ok, je trouverai… Ben alors dans ¼ d’heure… une demie heure.

    - Ne prends pas le temps de te changer, on s’en fou.

    - Ben si, là, franchement, si.

    - Ok. A tt’. »

     

    Ni une ni deux, je me refais une beauté. Je suis une vraie collégienne. Je me fais la morale. Nul ! C’est nul ! Il n’est qu’un Ex amant ! Il y a prescription ! On se calme ! Oh ! Mais rien n’y fait, je suis excitée comme une puce. Je saute sur mon vélo, je file le nez au vent.

    J’arrive dans le hall impersonnel de l’hôtel. Je me recoiffe à la va vite avant de le découvrir, assis près de l’entrée. Hé merde ! Il n’a presque pas changé. Les quelques rides qui fendent son visage le rendent plus beau encore, plus viril. Oh merde ! Ce qu’il est sexy ! Je me sens laide tout à coup, je suis en train d’amorcer un demi tour quand il lève la tête et me gratifie d’un sourire désarmant. Il a l’air vraiment content de me voir ! Pas de haut le cœur, pas de mine déçue. Il vient jusqu'à moi et me prends dans ses bras, m’enveloppe, me serre sans m’étouffer. Ce qu’il sent bon ! J’avais oublié combien de fois je m’étais blottie au creux de son épaule, me shootant de son odeur. Tout me revient. La sueur, le sel, la douceur de sa peau. Nos gémissements et nos fous rire. Ca me donne un coup au ventre. Le désir revient comme une madeleine. Pour un peu je lui lècherais le cou. Mais je sais encore me tenir et je retiens un sourire béa. Il me prend par les épaules me maintenant à bout de bras, me scrute, me détaille d’un air amusé. J’ai toujours détesté ça chez lui. Il vous scanne et rien ne lui échappe.

    « - Toujours aussi belle.

    - Pff ! Arrête tes conneries. Par contre toi, t’as pris cher.

    - Oui, il paraît.

    - Petit con !

    Nous nous sourions. Il prends mon visage dans ses mains, plonge son regard dans le mien. Je suis gênée, je me dégage. Il prend ma main et de sa voix qui monte dans les aigus quand il est ému me dit :

    «  - Je suis tellement content de te voir.

    - Moi aussi... vraiment… »

    Tout ce que nous avons dit ensuite n’a aucune importance. Les mots n’étaient là que pour nous permettre de faire ce que nous avons fait et dont nous avions déjà envie dès ce moment là.

     

    Je suis rentrée fourbue et molle, ivre de caresses, son odeur sur ma peau. J’ai croqué chaque parcelle de son corps, je suis repue et insatiable. 


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  • Il est à la fenêtre, il boit son café en regardant au loin, tendu vers je ne sais quoi, ailleurs. Une main dans une poche de ses jeans, l’autre enroulée autour de la tasse, comme s’il avait froid. Les épaules légèrement rentrées, les jambes droites et parallèles. Pourquoi certains hommes ont des contours si nets ? Comme si leur présence dépassait la réalité. Je le détaille, morceau par morceau, de la tête aux pieds. Ses cheveux que je caresse, sa nuque que j’embrasse, ses épaules que je dénude, ses reins contre lesquels je me love, ses fesses auxquelles je m’agrippe, ses cuisses entre les miennes … je rêve. Je suis derrière lui, je le regarde en silence, ma présence est une absence, à peine un souffle. Je quitte un instant cette réalité éphémère, je sais qu’il partira, pour me plonger dans un rêve qui est mien, et que je pourrai rejouer à volonté. Pourquoi ? Pourquoi privilégier le rêve alors que sa réalité est si fragile ? Mais non, c’est tout le contraire ! J’ajoute le rêve à la réalité. Je la renforce, l’étaye, qu’elle devienne solide et belle, vivante en moi pour longtemps, quand il sera parti. Je me rempli de lui, de tous ses possibles, des nous follement espérés, des nous mieux que nous mêmes.

     

    Dans mon imagination, je m’approche doucement, et je pose mon front contre son dos. Je n’ai pas besoin de voir ce qui se passe dehors, j’ai juste besoin de son odeur. Elle me suffit. Alors il sort la main de sa poche et attrapes la mienne qu’il pose sur son ventre. Je sens le va et viens de sa respiration calme. Je me berce de ce ressac.  Mon autre main vient rejoindre sa sœur, et imperceptiblement, je le presse contre moi. Il se défait de ma douce étreinte, il quitte le paysage pour me faire face. On dit que les yeux sont les fenêtres de l’âme, alors je les ouvre en grand. Viens ! Il pose sa tasse sur l’étagère, en équilibre sur la tranche des livres. Il prends mon visage à deux mains… et plonge en moi. Je le sens me pénétrer jusqu’au plus profond de mon être. J’ouvre toutes les portes à son passage. « Fais ce que tu veux, tu es chez toi. » il me prend au mot. il visites chaque pièce, chaque recoin de mon passé, de mon présent. J’ai l’impression d’être sous le feu de 1000 projecteurs. Je suis nue, non, je suis retournée, mise à jour, exposée. A sa merci. Quand je réalise que d’un mot il peut m’anéantir, quand je prends peur, que je veux tout refermer, que je songe à l’expulser, lui claquer la porte au nez, il pose ses lèvres sur les miennes. Doucement il me grignote, je réponds à petits coups. Je sens son souffle, sa salive sur mes lèvres, il me lape, me dévore. Je me sens tanguer, avant de basculer, mais il ne me retient pas. Il n’est pas là, il est à la fenêtre, il bois ton café en regardant au loin, tendu vers je ne sais quoi, ailleurs.

    J’ouvre les yeux un peu perdue, le temps que la réalité me rattrape, je suis encore un peu ivre. En titubant je marche vers lui. Je pose mon front contre la fenêtre, et je retiens mes larmes. Je me sens si misérable à attendre, espérer, un signe de lui, en silence, sans jamais rien oser. Aller ! Embrasse le, puisque tu en crèves d’envie ! Je n’en ferai rien. Je ne supporterais pas qu’il me rejette, qu’il s’éloigne. Je préfère nourrir mes rêves de son aura, que de le perdre à jamais. Je préfère vivre d’illusions que de regrets.

    C’est alors qu’il pose sa main sur ma nuque. Elle est lourde, j’adore son poids, sa chaleur. Il la presse, remonte sa main dans mes cheveux, les ébouriffes, et puis il serre. Qu’il fasse ce qu’il veut, je suis à lui. 


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  • Le printempsC’est le printemps. Je le sens bien, aujourd’hui, c’est le printemps. J’ai risqué la tenue légère et je trottine vers mon parc préféré. Une légère brise porte à mon nez les parfums des fleurs nouvelles. Dans l’air un quelque chose de spécial que je sens courir sur ma peau : la promesse des corps qui se dénudent.

    D’habitude je suis plus raisonnable, je sors le décolleté, mais conserve les jeans. Cette année, l’hiver a été trop long et trop frustrant. J’ai été parfaite, tout au long de ces mois d’hiver. Sagement cintrée dans mes tailleurs en semaine, emmitouflée dans mes gros pulls le weekend, j’ai beaucoup travaillé, beaucoup lu. Cela a assez duré, il est temps que je me dévergonde.

    Pour que les choses soient claires, je n’ai pas mis de dessous ce matin. Le tissu de ma robe fleurie est légèrement transparent, on devine l’aréole de mes seins, et l’on peut aisément voir l’ombre de mes poils pubien. Effectivement, je ne les rase pas. Les poils, les odeurs, les fluides, les corps qui transpirent, ma part d’animalité, je l’aime. Légèrement vêtue, sautillante comme une jouvencelle, un doux sourire accroché aux lèvres, je n’en ai pas l’air mais… je suis une gourgandine. C’est ma première sortie, je suis là pour humer l’air. Prendre mes repères pour la saison. La brise légère taquine ma robe. Elle s’engouffre, crée un tourbillon entre mes cuisses, s’échappe en soulevant gentiment un pan. C’est délicieux. Dommage qu’il y ait si peu de badauds.

    J’arrive à la porte de mon parc favori. De grandes allées dégagées et surtout ce banc, au pied de cette magnifique statue du faune Barberini. Ce qu’il est sexy ! Malgré son sexe atrophié et sa queue de faune, il se dégage de lui une puissance sexuelle qui me met en émoi chaque fois que je le regarde.

    Mon banc est libre. En plein soleil, à cette heure. Face à l’entrée du parc je ne rate personne, personne ne me rate. Je m’installe, les fesses sur le bord, le dos appuyé sur le dossier. Je pose mes jambes, pliées, parallèles et légèrement écartées, juste ce qu’il faut pour laisser le vent jouer encore. Je renverse mon visage, j’aperçois en contre jour la silhouette de mon faune alangui qui se détache sur le ciel azur. Je ferme les yeux sur cette image sublime et me laisse envahir par mes sensations. La douceur du temps, le soleil qui me pique les paupières, ma position, offerte au zéphyr qui me caresse comme mille mains, mon désir monte doucement. Je m’offre aux éléments, je m’offre aux regards. Mes cuisses s’écartent d’elles même, je me sens devenir humide. Ma main se pose sur ma cuisse, elle ne m’appartient plus. Doucement elle va et vient, me frôle, me fait frissonner. A chaque passage, elle est plus audacieuse, jusqu’à atteindre ma douce toison. Peu à peu, comme par mégarde, mes doigts s’y perdent.

    Une bourrasque achève de remonter ma robe. Je sursaute. J’hésite. Vais je la rabattre ? Je n’ai pas le temps de me décider que je sens le tissu recouvrir ma main. J’en éprouve une sorte de regret, c’est exquis. Puisqu’il en est ainsi, quoi qu’il arrive, je ne m’opposerai pas aux caprices de l’air. Il semble que cela soit vain.

    A l’image de mon faune, je remonte une jambe sur le banc. Ma main droite soutenant ma tête, l’autre mon plaisir. Une foule d’images se succèdent derrière mes paupières closes, et plus mes doigts s’agitent, plus leur flot augmente. Je me laisse divaguer, je papillonne de fantasmes en souvenirs. Mon corps palpite au rythme effréné de mon imagination. Je me tends, je me tors, je ne respire plus que par à coup, je m’écartèle, encore, encore, encore ! je m’ouvre, je m’offre un plaisir qui arrive en saccade. Je presse ma main fortement, comme on presse le jus d’un fruit bien mure pour en extraire tout le suc. Je me dandine jusqu’à la dernière goutte. Puis j’ouvre les yeux vers mon faune. Je lui souris, reconnaissante. 


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